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Épinards – Image de Robert Scales via Flickr

Au commencement était Popeye. Popeye se mouvait au-dessus des eaux.

L’histoire raconte qu’Il sépara les eaux qui sont au-dessous de l’étendue d’avec les eaux qui sont au-dessus de l’étendue, puis qu’Il s’arrangea pour que les eaux qui sont au-dessous de l’étendue se rassemblent en un seul lieu, et que le sec paraisse. Il appela le sec terre. Puis on dit qu’Il peupla la terre de végétaux et d’animaux. On le dit mieux, dans le Livre, mais l’idée y est. Il est un morceau d’histoire qu’on ne narre pas dans le Livre, pourtant. Le voici.

Au matin du sixième jour, Popeye ayant vu que son taf de la veille assurait, juge qu’il est bon de le poursuivre. L’histoire dit, par ailleurs, que Popeye est – Il est toujours, puisqu’Il est depuis le commencement – grand fan d’épinards en conserve. On le comprend ; un régal, les épinards en conserve. Excellent pour la santé et bien plus pratique que les épinards frais. Donc, ce beau matin, Il veut s’enfourner une boîte d’épinards, comme tous les matins depuis le commencement. Il la sort de sa poche – le meilleur endroit pour stocker ses conserves, et la presse. Cela fait partie de Son rituel, ce rituel qui fait de Lui Celui qui est : Il presse une boîte d’épinards si fort que le couvercle de la boîte cède et que son contenu est expédié directement dans sa bouche. Ce matin, même chose. Si ce n’est que le couvercle résiste. C’est une mauvaise idée de la part du couvercle, ça : personne ne résiste à Popeye. Alors Popeye presse plus fort, encore plus fort, jusqu’à ce que le couvercle cède. Il cède, évidemment – personne ne résiste à Popeye. Pourtant, le résultat n’est pas celui escompté : au lieu d’être expédié directement dans Sa bouche, le contenu est envoyé à l’occident, à l’orient, au midi et au septentrion, sur toute la création. Une belle catastrophe. Tout est maculé des feuilles vertes. Certaines des créatures sont ravies de l’appétissante manne popeyenne qui les sustente. D’autres sont plutôt dégoûtées. D’autres encore sont trop absorbées par leurs activités pour remarquer l’étrange pluie. Popeye, Lui, n’est pas enchanté. Tout ce vert, ça fait tache dans son travail. Il balance vite fait un petit déluge pour nettoyer tout ça, il récupère les animaux et végétaux épars, les replace où il peut. Comme si de rien n’était. Il y a un hic, cependant : les graminées ont absorbé la couleur. L’herbe est restée verte, partout. Popeye s’arrête un moment pour y méditer. « Finalement, c’est pas si mal. » de dit-Il. « On va rajouter encore un peu de couleurs pour compléter le tableau ». Et il continue son travail.

C’est un passage qui a été rayé du Livre il y a bien longtemps. On peut comprendre pourquoi. Ça n’est pas idéal pour l’image de Popeye. Pourtant, ça fait du bien de savoir que tout n’est pas là à dessein.

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